Son histoire est révélatrice et souvent prise en exemple de la manière dont les Européens considéraient à l'époque ce qu'ils désignaient par les « races inférieures » et leur représentants. Elle symbolise également la nouvelle attitude revendicative des peuples autochtones quant à la récupération des biens culturels et symboliques ainsi que des restes humains qui figurent dans les musées du monde entier.
Esclave, elle fut emmenée en Europe par un Britannique à Londres en 1810 où on la baptisa du nom de Saartjie Baartman avec l'autorisation spéciale de l'évêque de Chester. Vendue, elle devient bête de foire eu égard à sa morphologie hors du commun : hypertrophie des hanches et des fesses (stéatopygie), organes génitaux protubérants. Elle sera exposée en Angleterre, en Hollande et ensuite en France. Elle deviendra par la suite objet sexuel (prostitution, soirées privées).
En mars 1815, le professeur de zoologie et administrateur du Muséum national d'histoire naturelle de France, Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, demande à pouvoir examiner « les caractères distinctifs de cette race curieuse ». Après le public des foires, c'est devant les yeux de scientifiques et de peintres qu'elle est exposée nue, transformée en objet d'étude. Peu de temps plus tard, le rapport qui en résultera compare son visage à celui d'un orang-outang. Et ses fesses à celles des femelles des singes mandrills.
Georges Cuvier zoologue et chirurgien, estime que Saartjie est la preuve de l'infériorité de certaines races. Peu après sa mort, il entreprend de la disséquer au nom du progrès des connaissances humaines. Il réalise un moulage complet du corps et prélève le squelette ainsi que le cerveau et les organes génitaux qu'il place dans des bocaux de formol. En 1817, il expose le résultat de son travail devant l'Académie de médecine, témoignage des théories racistes et des préjugés des scientifiques de l'époque : « Les races à crâne déprimé et comprimé sont condamnées à une éternelle infériorité ».
Le moulage de plâtre et le squelette seront exposés au musée de l'Homme à Paris. Ce n'est qu'en 1974, qu'ils furent retirés des vitrines et relégués dans les réserves du musée.
En 1994, quelque temps après la fin de l'apartheid en Afrique du Sud, les Khoikhoi font appel à Nelson Mandela pour demander la restitution des restes de Saartjie afin de pouvoir lui offrir une sépulture et lui rendre sa dignité. Cette demande se heurte à un refus des autorités et du monde scientifique français au nom du patrimoine inaliénable du muséum et de la science. Ce n'est qu'en 2002, après le vote d'une loi spéciale que
Le 9 mai 2002, en présence du président Thabo Mbeki, de plusieurs ministres et des chefs de la communauté Khoikhoï, la dépouille après avoir été purifiée, fut placée sur un lit d'herbes sèches auquel on mit le feu selon les rites de son peuple.


