Économie-Afrique – Les sommes détournées par les élites et régimes africains et placées sous forme de liquidités dans les banques occidentales, équivalent à trois fois le montant de la dette publique extérieure contractée par tous les gouvernements du continent, soit 134 milliards de dollars américains, a déclaré jeudi à Dakar, l’altermondialiste et président du Comité pour l’annulation de la dette du Tiers-Monde (CADTM), le Belge Éric Toussaint. Intervenant au cours de la table ronde portant sur le thème: «Quelles leçons des révolutions tunisienne et égyptienne pour le Forum social mondial (FSM)?», dans le cadre de la 11ème édition du Forum social mondial qui se tient dans la capitale sénégalaise du 6 au 11 février, M. Toussaint, qui par ailleurs, est historien et politologue, docteur en sciences politiques, a indiqué que «des sommes considérables sont déposées dans des banques des pays du Nord». Selon lui, «si seulement 30 pour cent de l’argent mal acquis ou amassé étaient rapatriés, cela pourrait contribuer à rembourser la dette publique extérieure du continent. Cet argent mal acquis est «recyclé en Afrique sous forme de prêts par les pays Occidentaux. Les banques ou les pays où logent ces fonds mal acquis font des affaires avec cet argent».
Invitant les pays africains à user du droit international pour rapatrier ces biens mal acquis, M. Toussaint a donné l’exemple du Nigeria qui «a usé de ces procédures pour faire rapatrier l’argent déposé à l’étranger par son ancien président, Sani Abacha». M. Toussaint a également invité les gouvernements africains à procéder à l’audit de leurs dettes extérieures publiques contractées auprès des Institutions financières internationales, «pour avoir une idée du pourcentage de leur dette illégitime». Selon l’altermondialiste belge, cet audit permettrait de «prendre des décisions dans le but de rembourser cette dette ou d’y surseoir, si elle s’avère illégitime. Il existe, dans la doctrine de la dette odieuse ou illégitime, un élément de jurisprudence internationale établi et applicable à toute dette résultant d’emprunts accordés à des régimes despotiques et à des gouvernements qui utilisent les fonds à des fins d’oppression des citoyens ou d’enrichissement personnel».
Cet élément de jurisprudence stipule que lorsque les créanciers ont connaissance du fait que les fonds sont utilisés d’une manière contraire aux intérêts des peuples, ils ne peuvent pas légitimement exiger son remboursement», a indiqué M. Toussaint, ajoutant que «les audits sur la dette externe publique permettront à un pays de vérifier des conditions de légitimé ou d’illégalité de celle-ci».
Prenant l’exemple de l’Équateur qui, en 2006, a effectué un audit de sa dette sur une période de 30 ans, avec l’arrivée au pouvoir du président Rafael Correa, M. Toussaint a indiqué que cet audit «a permis de faire des analyses sur la conformité on non de certains contrats signés entre l’Équateur, la Banque mondiale (BM) et le Fonds monétaire international (FMI). Il a permis de révéler que 90 pour cent de cette dette externe signée avec les institutions financières, sont illégitimes, car n’étant pas conformes aux droits international et national des finances. Ainsi, le pays a pris un acte souverain de suspendre le paiement de sa dette vis-à-vis de ces institutions financières». Selon lui, ce pays qui a ensuite renvoyé le représentant du FMI, n’accepte plus des missions de ce fonds sur son territoire. Soulignant par la suite que le Paraguay et l’Argentine ont initié la même démarche, l’altermondialiste a assuré: «Les institutions financières internationales ne peuvent pas contraindre un pays de payer une dette illégitime», avant d’inviter les pays africains à s’inspirer de ces modèles, en lançant des audits et en ayant une attitude digne par rapport aux créanciers.
Pana 12/02/2011




