J.JACQUE ROUSSEAU
Dans le contrat social, Jean-Jacques Rousseau affirme : "L'Homme est né libre et partout il est dans les fers". Cette assertion pose le problème du dilemme de l'Homme dans le fait politique ; car en même temps qu'il veut le pouvoir, il eut être libre contre ce pouvoir ? L'Homme veut donc une chose et son contraire ; dès lors, quel système politique peut-il concilier discipline étatique et liberté individuelle ? En effet, depuis Aristote, l'Homme apparaît comme un animal politique : c'est-à-dire une créature vouée à vivre en société ; ce n'est pas le Robinson Sucroë de Michel Tournier qui nous dira le contraire ; lui qui constituait une société avant l'arrivée de vendredi. Tout comme le petit prince de Saint-Exupéry qui en réclamait une. Cette exigence de vivre en société s'explique par le fait qu'à l'état de nature seul compte le droit du plus fort. Ce qui met en péril la vie des plus faibles et provoque une situation d'insécurité généralisée qui nie par ailleurs les droits fondamentaux de la personne ; car il n'existe pas à ce stade de la marche de l'Humanité une autorité à même d'organiser la vie sociétale sur le fondement de règles générales et impersonnelles afin d'assurer son destin et protéger sa liberté contre les empiètements injustifiés d'autrui.
Mais cette nécessité de vivre en société reconnue par les théories du droit naturel est de nature à provoquer des conflits, des tentions, des incompréhensions ; or il ne peut y avoir de tensions, de conflits sans une autorité nécessaire pour les régler, pour les aplanir ou pour les éviter.
Le pouvoir tant souhaité est devenu un moyen d'avilissement de l'Homme
L'Homme veut donc nécessairement le pouvoir pour la gestion de ces conflits inhérents à la vie en société et défendre ses prérogatives contre l'arrogance de ses semblables. Hobbes l'a définitivement établi faisant suite à la Boetie pour qui la servitude politique est volontaire. Mais paradoxe : le pouvoir tant souhaité est devenu un moyen d'avilissement de l'Homme ; car l'évidence est là. Cruelle, sur toute la face du monde, la servitude de l'Homme transcende les aires et les ères. Le pouvoir est omnipotent ; s'érige en censeur en niant la liberté de la personne par le bâillonnement, le mépris de celle-ci, et les mutilations de toutes sortes. L'Homme unidimensionnel, dans la servitude, n'est pas loin de son ancêtre des Cavernes. Le pouvoir devient donc le fait politique premier. Ainsi, la liberté de la personne qui était censée être exaltée, protégée par le pouvoir est purement et simplement niée, brisée par celui-ci. Or, si l'exigence de pouvoir est congénitale, il en est de même de la liberté individuelle. Quelle doit donc être la place de la liberté de l'Homme dans le rapport politique ?
Que faire ? La liberté est-elle antécédente ou subséquente au pouvoir politique ? En effet, on ne saurait répondre à une telle interrogation sans se fourvoyer. Cependant, depuis l'onirisme, l'incoercible besoin de liberté est affirmé. Cela est reconnu par la plupart des philosophes et par les sociétés les plus primitives, telles que les Aztèques, les Incas… Voici l'Homme traumatisé qui veut à la fois le pouvoir et la liberté qui constituent les deux faces du fait politique dans un rapport conflictuel!
Quel choix peut-il opérer ? Doit-il abandonner sa liberté au profit du pouvoir ou détruire le pouvoir pour la réhabilitation de sa liberté ? Comment réconcilier pouvoir politique et liberté individuelle ? Quel type de régime est à même de réaliser cette exigence de l'Homme?
En effet, pour les absolutistes, la liberté de l'Homme est vanité ; l'Etat n'a pas de compte à rendre à l'Homme qui, du fait du péché originel, est disqualifié. Ainsi, pour Bossuet, l'Homme ne peut pas se prévaloir d'un quelconque droit, d'une quelconque liberté face au pouvoir. Hegel radicalise cette assertion et divinise le pouvoir étatique. Pour lui, l'Etat doit arracher les individus à leur égoïsme et les ravaler au niveau de simples sujets. Il affirme : "L'Etat n'est autre chose que l'incarnation de l'Esprit dans la réalité". Ce point de vue n'est pas partagé par les partisans de la "déification" de la liberté individuelle. Ainsi, pour les anarchistes, notamment Jean Grave et Bakounine, la liberté de l'Homme est antécédente au pouvoir. Selon eux, l'Etat est le mal radical et l'individu la valeur suprême. "Ni Dieu, ni maître", s'écrie Jean Grave. Les anarchistes proclament alors la destruction du pouvoir politique car il est l'aliénation de la liberté individuelle. C'est pourquoi, Bakounine est amer : "L'Etat est un véritable cimetière où viennent s'enterrer toutes les manifestations de la vie individuelle". Il est donc clair que le bonheur de l'Homme passe irrémédiablement par la mise à l'écart du pouvoir étatique. Il est évident que le problème n'est pas encore résolu car au pessimisme des absolutistes, les anarchistes opposent un optimisme naïf faisant de la liberté le fait politique premier.
L'obéissance à la règle commune est la liberté
La lumière viendra sans doute de la démocratie. En effet, la théorie démocratique réconcilie l'idée de liberté humaine et celle de la nécessité de l'existence d'un pouvoir politique. La démocratie reconnaît l'Homme comme la seule valeur. Et la liberté de celui-ci comme le seule fin en soi ; en même temps, elle admet le pouvoir étatique comme indispensable à la réalisation des aspirations individuelles, à l'avènement et à la défense de la liberté. L'obéissance à la règle commune est la liberté. La démocratie qui constitue ainsi la clé de la résolution de la tragédie de l'Homme dans le rapport politique doit être vécue sous les tropiques dans le respect des droits de la personne, de la dignité humaine et non se muer en un moyen d'oppression, de répression, de mépris des populations sans lesquelles il ne peut y avoir de pouvoir politique.
Jean-Philippe Kouamé
« Si le rôle de facilitateur des Nations Unies dans le processus de décolonisation est un des moments de grande fierté de l'histoire de l'Organisation, ce chapitre n'est pas encore achevé. »
" Se il ruolo di facilitatore delle Nazioni Unite nel processo di decolonizzazione è uno dei momenti di grande fierezza della storia dell'organizzazione, questo capitolo non è ancora concluso"
M. Ban Ki-moon


